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Je ne sais pas comment pleurer mon fils: comme un vivant ou mort

27.09.2013 | 13:46

1380269508_b1“Quand j’assiste aux funérailles, pour consoler la famille du défunt je leurs dis toujours qu’ils ont au moins une tombe à visiter où ils peuvent verser des larmes.  Que doivent faire ceux qui sont comme moi qui attendent plus de 20 ans. Je ne sais pas comment pleurer mon fils: comme un vivant ou mort.”Ce sont les propos de Mme Svetlana Suleymanova, la mère de Elchin Gouliyev, disparu dans le génocide de Khodjaly. 

 

Né en 1965, Elchin Gouliyev est parti volontairement au front où il a rejoint le bataillon dirigé par Agil Gouliyev, héro national azerbaidjanais. Il a combattu contre  les forces armées arméniennes jusqu’à l’occupation de Khodjaly où ses camarades pour la dernière fois l’avaient vu blessé quelques heures après la tragédie. Et depuis, on ignore tout de son sort.Je ne sais pas comment pleurer mon fils: comme un vivant ou mort

 

“Mon mari Balakhan Gouliyev était professeur à l’Université pédagogique à Khankendi. Après avoir mettre au monde mon cinquième enfant, ma fille, nous avons déménagés de Bakou à Khankendi en 1980. Mes enfants ont suivi leurs études secondaires là-bas. Nous avons redéménagé à Bakou quand Elchin était à la 8ème classe. Il a poursuit ses études  à Bakou où il est entré à l’Université de Polytechnique. Il travaillait dans son domaine d’études. Depuis le début du conflit de Karabakh, il disait tout le temps qu’il irait à la guerre.  Avec le temps les combats sont devenus plus violents et il est parti au front.

 

Il s’est marié en 1990. C’est nous qui l’avons poussé au mariage en pensant qu’il ne retournera plus aux batailles et restera avec sa famille. Mais nous n’avons pas pu l’empêcher.  En novembre de 1991 il a eu une fille. Il a ramené sa nouvelle-née à la maison de l’hôpital et est retourné au combat.

 

Je ne sais pas comment pleurer mon fils: comme un vivant ou mortIl avait confiance en lui. Comme il a été grandi à Khankendi, il connaissait bien le lieu et disait toujours qu’on ne doit jamais céder ces territoires aux arméniens. Il était patriote. La dernière fois Elchin est venu nous voir le 4 février.  Il racontait que bientôt ils seront fourni des armes.  Mais après il est devenu claire qu’ils ont rien eu. On ne savait qu’il combattait dans le bataillon de Agil Gouliyev, héro national azerbaidjanais. Avant de partir il avait donné un morceau de papier à son père où était noté son adresse. Svetlana nous montre le papier. Sur le papier était marqué le nom de son bataillon, le nom de son commandant et d’autres renseignements.

 

“J’ai vu ce morceau de papier en 1992, le jour de la tragédie de Khodjaly. Ce jour-là le gouvernement avait annoncé à la télé un bilan de 2 morts.   C’est à ce moment-là que j’ai vu mon mari agité avec ce morceau de papier à la main. Quand j’ai insisté pour qu’il me dise la raison de son angoisse, il m’a dit que ça fait déjà un moment qu’il me cachait et que Elchin était à Khodjaly …

 

Nous sommes partis à Agdam. Plus de 2 jours mon mari cherchait notre fils parmi les cadavres transportés de Khodjaly. Mais Elchin n’était pas parmi eux. Mon mari était dans un tel état de douleur que ça a affecté son état d’esprit et jusqu’ la fin de sa vie il n’était plus comme avant.  Je ne sais pas comment pleurer mon fils: comme un vivant ou mort

 

Nous avons appris que Agil était tué pendant la tragédie de Khodjaly. Nous avons rencontré tous les survivants pour demander les nouvelles de Elchin. Seul in militant à dit qu’il l’avait vu blessé au pied le matin du 26 février, le jour de la massacre. Personne ne l’avait vu emmené en bus.  J’ai perdu mon mari en 2008 et depuis j’ai laissé toutes mes recherches.

 

Aujourd’hui sa fille unique est étudiante à l’Université. Svetlana dit qu’elle était acceptée à la faculté payante mais comme son père avait un statut du martyr, le gouvernement l’a exonéré des taxes universitaires. A l’Université la photo de Elchin est accrochée aussi parmi les photos des martyrs.

 

Durant toutes ces années la famille Gouliyev a visité différentes régions dès qu’ils aprennent  un militant survivant pour avoir les nouvelles de Elchin. “Deux-trois ans après la tragédie nous avons appris qu’un combattant de Khodjaly vit à Goytchay.  Nous somme partis le chercher. Quand il a regardé sa photo, il a dit qu’il l’avait vu à la station de tracteurs. Je l’ai cru, parce que   Elchin était spécialiste des automobiles, et c’est possible qu’il soit forcé travailler là-bas.  Pour moi c’était une espoir…

 

Même si ce n’est pas facile pour moi de le dire, mais je préfère qu’il soit mort que rester vivant parmi les sauvages arméniens. Dieu seul sait qu’est-ce qu’il a subi.  Je ne sais plus s’il sera au retour un jour ou non, si je le reverrai ou non…”

 

 

 

NaibGourbanova

 

“KarabakhİNFO.com”

 

 

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27.09.2013 13:46

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