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L’Histoire de Tapisserie en Azerbaïdjan

28.09.2013 | 10:26

1380349354_x1Les tapis azerbaidjanais ont été mentionnés dans les travaux de Hérodote, Claude Elian, Xénophon et bien d’autres historiens de l’Antiquité.  Sous la dynastie Sassanid (III-VII siècles)  l’art du tapis a connu une nouvelle phase de développement: les magnifiques tapis en fils de soie, d’or et d’argent ont fait leur apparition.  Musa Kalakatlı, historien albanais (VII siècle)  a par ailleurs, largement écrit sur les tapis multicolores et les tapis de soie tissés en Azerbaïdjan. La production de tapis tissés avec des fils d’or et d’argent et ornés de pierres précieuses a ensuite pris un caractère traditionnel aux XVI-XVII siècles.

 

Notre interlocuteur est Alissafa Nouriyev, directeur général de “Azerkhaltcha”- maison de production de tapis:

 

– Mr. Alissafa, au Moyen-âge, les principaux centres de production des tapis tissés avec des fils d’or et d’argent étaient les villes comme Tabriz, Shamakha et Barda. Quelle est la situation actuelle?

 

– Le système centralisé de fabrication de tapis a été fondé en Azerbaïdjan depuis 1927. À l’époque soviétique, sans le savoir, on a réussi à développer conceptuellement le tissage (de) tapis azerbaïdjanais du Nord. A l’époque il existait alors une fabrication traditionnelle des tapis dans chaque régions, c’est à dire chacun tissait des tapis à la maison. Des “Artills” (“coopérative de production” soviétique) ont été créées et un “système de contrôle centralisé” a été formé dans le but d’exporter ces tapis à l’étranger au travers de ces “Artills”. Cela signifiait aussi que de nouveaux postes de travail allaient être ouverts. Avec le temps les «Artills” ont pris le nom de “Azerkhalcha”.  Notre centre de production “Azerkhalcha” fonctionne depuis plus de 85 ans.

  

 – Aux XIII et XIV siècles, de  nombreux tapis et tapisseries ont été exportés de l’Azerbaïdjan vers l’étranger. En effet ces tapis remarquables avec leurs ornements raffinés et élégants se sont par exemple reflétés sur les œuvres de peintres célèbres européens et sur les miniatures. Le tapis de « Chirvan » est représenté dans l’œuvre de «La Vierge à l’Enfant » de Hans Memling, le tapis de « Zeyvé » sur l’œuvre « la Madone au Chanoine » de Van Eyck et le tapis de « Gazakh » sur l’œuvre « Les Ambassadeurs » de Hans HolbeinAujourd’hui, travaille-t-on toujours à développer cette activité ?L’Histoire de Tapisserie en Azerbaïdjan

 

 Aujourd’hui les motifs dessins des maîtres L. Karimov et K. Aliyev sont utilisés sur du papier cadeau.  Même si L. Karimov, concepteur de tapis, était connu pour ses contributions à divers domaines artistiques, c’est K. Aliyev qui a perfectionné et développé le genre en Azerbaïdjan dans les années 50. J’ai vu des tapis avec ce type de motifs à Tabriz, Ardabil etc.  En général, quand je parle de tapis azerbaidjanais, je ne suis pas limité aux frontières de l’Azerbaïdjan actuel. Les tapis azerbaïdjanais sont répartis sur un territoire très large. Le khanat d’Irévan, territoire actuel de l’Arménie, est étroitement lié avec l’art de tissage de tapis. Enfin j’aimerais citer les tapis Tabriz, car je ne peux pas les séparer des tapis azerbaidjanais. Effectivement les tapis tissés à Ardabil, Tabriz et en général en Azerbaïdjan du Sud sont considérés des tapis azerbaidjanais.

– Les différents exemples de tapis et de tapisseries importés de Bakou, Guba, Shamakha, Gandja, Shaki, Javad et d’autres régions ont été présentés à l'”Exposition Polytechnique” en 1872 à Moscou  et à l'”Exposition Artistique et Industrielle de Moscou” en 1882. Les meilleurs d’entre eux ont remporté les médailles d’or et d’argent. La majeure partie des tapis exposés aux Expositions Internationales tenues à Vienne en 1872, à Turin en 1911, à Londres et à Berlin en 1913 était surtout des tapis apportés de l’Azerbaïdjan. Les tapis azerbaidjanais sont-ils toujours exposés dans des Expo aujourd’hui?

 

 La principale période d’activité de “Azerkhalcha” était à cette l’époque-là. Nous étions la seule entreprise qui représentait l’URSS. A l’époque soviétique une double approche existait envers le peuple azerbaidjanais et les prix que nous recevions passaient sous le nom de l’URSS. Presque jamais le nom de “Azerkhalcha” n’a été mentionné. Actuellement nous travaillons sur la fabrication du tapis appelé “Goulistan”. C’est l’un des chefs-d’œuvre de M. Aliyeva, sœur de K. Aliyev, peintre qui travaille au sein de notre entreprise.  Il est présenté comme un produit national. “Gulistan” a remporté une médaille d’or à Leipzig.

 Nos tapis sont exposés dans des musées comme, le «Metropolitan» de New York, le “Victoria and Albert” de Londres, le “Louvre” de Paris, le “Topkapi” d’Istanbul et dans d’autres musées populaires de Rome, Berlin, Téhéran, le Caire, Moscou et Vienne. Malheureusement, souvent nos tapis ne sont pas présentés sous leur propre nom, mais comme des «tapis iraniens”, “tapis caucasiens” etc. Il a été prouvé que le tapis «Daghkesemen” (école Gazakh-XIII siècle), exposé sous le nom de tapis arménien au Musée d’Art de Kiev appartient à l’Azerbaïdjan. Quelles sont les mesures à prendre afin d’empêcher d’autres nations, en particulier les Arméniens d’appeler nos tapis les leurs?

 

– On ne peut pas dire que nous menons une lutte  particulière contre les arméniens  dans cette voie. Mais il y a des luttes individuelles. Grace aux efforts de Mehriban Aliyeva, l’inscription de l’art traditionnel du tissage du tapis azerbaïdjanais par l’ l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité était une victoire pour nous. Je dirais que cela a été un coup dur pour les arméniens. Un reporter de AZTV en Europe, Ramiz Mashadi Hassanly, avait préparé un documentaire d’une boutique de tapis nommé “tapis artisanaux arméniens” à Hambourg où les tapis azerbaïdjanais entièrement faits main de Guba et Chirvan étaient vendus sous le nom des tapis arméniens. Bien sûr il n’a pas été autorisé à filmer l’intérieur.

En Allemagne, j’ai fait la connaissance d’un fabricant de tapis iranien il y a deux ans.  Il a visité Bakou suite à mon invitation. Nous avons eu une conversation intéressante sur les tapis. Il m’a appris qu’il existait une bibliothèque à Berlin où il a découvert beaucoup de livres sur l’art de tapisserie en Azerbaïdjan quand il faisait des recherches sur des tapis azerbaidjanais et caucasiens. A peine quelques temps plus tard quand il est retourné de nouveau à cette bibliothèque, il n’a pas pu retrouver ces livres. D’après le bibliothécaire, ces livres n’avaient jamais existé dans la bibliothèque. En effet ces livres ont été réédités par les Arméniens et partout  le mot “Azerbaïdjan” a été remplacé par le mot “Arménie”.

L’Histoire de Tapisserie en AzerbaïdjanRécemment nous avons fait la  présentation du livre de Firudin Aghassiogly,  “Le tapis magique du Karabakh-Pasryg “. Le tapis “Pasryg” illustré dans ce livre a 2500 ans. Les recherches  fondées sur des motifs ont révélé qu’il s’agit d’un un tapis d’origine azerbaidjanaise.

Ensuite nous avons fabriqué un tapis fait main nommé “La tragédie de Khodjaly”. L’auteur de cette idée est Vahid Aliyev, adjoint de maire de la ville Khodjaly. Le dessin de ce tapis qui mesure 1,5 X 2,07 m appartient à Aydin Rajabov et le tissage a été fait par Famila Valiyeva et Rafiga Abbasova.

– Alors que nous étions dans l’atelier de tissage avec Alissafa, nous avons rencontré des invités venus du Canada. Alissafa a noté qu’aujourd’hui, l’atelier de tissage attire à la fois, la population locale et les touristes.

 

 

Vassif Alihusseyn

“KarabakhINFO.com”

28.09.2013 10:26

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